Ghana : La baisse des cours de l’or risque de fragiliser durablement la banque centrale
Alors que l’or est devenu la pierre angulaire des réserves de change du Ghana et du soutien à sa monnaie nationale, le cedi, un repli prolongé des cours mondiaux du métal précieux fait peser de lourdes incertitudes sur le bilan comptable et la solidité financière de la Banque du Ghana (BoG).
Une stratégie axée sur le programme « Domestic Gold Purchase »
Pour contrer la crise monétaire et la dépréciation accélérée du cedi observées ces dernières années, la Banque du Ghana avait mis en place un ambitieux programme d’achat d’or sur le marché intérieur. Cette politique visait à accumuler des réserves en métal jaune pour appuyer la liquidité internationale du pays et alimenter l’initiative stratégique « Gold for Oil » (achat de produits pétroliers contre de l’or).
Cette dépendance accrue envers la valeur de l’or sur les marchés mondiaux expose désormais la banque centrale ghanéenne aux cycles baissiers. Si les prix internationaux de l’once venaient à corriger à la baisse sur une période prolongée, la valeur des actifs inscrits au bilan de l’institution connaîtrait une contraction sévère.
Pertes de réévaluation et pression sur les fonds propres
La Banque du Ghana porte encore les stigmates de la restructuration de la dette souveraine domestique (DDEP), qui avait entraîné des pertes comptables massives et entamé ses capitaux propres. Dans ce contexte, les plus-values latentes accumulées sur ses stocks d’or constituaient un précieux matelas de sécurité financière.
L’or a servi d’amortisseur de crise pour la monnaie ghanéenne. Un retournement durable du marché de l’or priverait la banque centrale de son principal levier de stabilisation financière.
— Analyste financier, Division Afrique de l’OuestUne chute brutale des cours se traduirait par des pertes de réévaluation obligatoires dans les états financiers de la BoG, freinant sa capacité à reconstituer ses fonds propres sans un réengagement budgétaire de l’État, lui-même contraint par l’accord d’ajustement structurel conclu avec le FMI.
Impacts directs sur la stabilité du Cedi
Au-delà de l’aspect purement comptable, l’affaiblissement financier de l’institut d’émission risque d’affecter sa capacité d’intervention sur le marché des changes. Un bilan affaibli limite la marge de manœuvre de la banque centrale pour lisser les volatilités monétaires et rassurer les investisseurs étrangers.
Face à ce risque, les experts préconisent une accélération des réformes fiscales et une diversification accrue des sources de devises du pays, afin de réduire la vulnérabilité du Ghana aux seuls cours mondiaux des matières premières.
