Zhuque-3 : la Chine réussit le premier atterrissage de sa fusée réutilisable

La Chine vient de franchir une étape majeure dans la course mondiale aux fusées réutilisables. La société privée LandSpace a réussi à faire atterrir sur terre le premier étage de sa fusée Zhuque-3, après son lancement depuis le nord-ouest du pays. Une première pour une entreprise spatiale privée chinoise qui rapproche le pays des standards imposés par SpaceX et Blue Origin dans le domaine des lanceurs réutilisables.

La fusée réutilisable Zhuque-3 de LandSpace lors d'un essai d'atterrissage vertical

Une étape historique pour le secteur spatial chinois

Le succès de Zhuque-3 marque un tournant pour l’industrie spatiale commerciale chinoise. Le premier étage de la fusée développée par LandSpace a réussi son retour contrôlé et son atterrissage sur une zone prévue à cet effet dans la province du Gansu, à environ 390 kilomètres du site de lancement.

Selon les informations publiées après le vol, le premier étage a effectué sa descente propulsée avant de se poser à l’aide de ses jambes d’atterrissage. Cette méthode permet de récupérer directement le booster après son retour depuis l’espace, exactement selon le principe qui a permis à SpaceX de révolutionner l’économie des lancements.

Zhuque-3 en quelques chiffres

Constructeur : LandSpace

Carburant : méthane liquide + oxygène liquide

Diamètre : environ 4,5 mètres

Hauteur : environ 66 mètres pour la version utilisée lors du vol de récupération

Récupération : premier étage par atterrissage propulsé sur jambes

Un deuxième essai qui change tout

Cette réussite est d’autant plus importante qu’elle intervient après un premier vol de Zhuque-3 en décembre 2025. Lors de cette mission inaugurale, la fusée avait réussi à atteindre l’orbite, mais la récupération du premier étage avait échoué lors de la phase finale de descente.

LandSpace avait alors identifié une anomalie liée à la propulsion du booster pendant la tentative de récupération. Depuis, les équipes chinoises ont travaillé sur les systèmes de contrôle, de propulsion et de guidage nécessaires à un retour précis.

La réussite de cette nouvelle tentative montre que la société privée chinoise est désormais capable de maîtriser l’ensemble de la séquence critique : lancement, séparation des étages, retour atmosphérique, freinage propulsif et atterrissage.

La récupération sur terre représente une avancée majeure vers des lancements plus fréquents et moins coûteux.

Enjeu technologique de la réutilisation des lanceurs

Une fusée conçue dès le départ pour être réutilisée

Zhuque-3 repose sur une architecture à deux étages et utilise un mélange de méthane liquide et d’oxygène liquide comme ergols. Ce choix vise notamment à disposer d’une propulsion adaptée aux futures opérations répétées et à la réutilisation des éléments du lanceur.

Le premier étage est équipé de neuf moteurs Tianque-12B et intègre plusieurs technologies nécessaires au retour : système de contrôle d’attitude, grilles aérodynamiques et jambes d’atterrissage.

Dans sa configuration complète, Zhuque-3 est conçu pour pouvoir placer des charges importantes en orbite basse. La récupération du premier étage entraîne toutefois une réduction de la charge utile maximale, le lanceur devant conserver une partie de ses capacités propulsives pour effectuer son retour.

La Chine rattrape son retard dans les lanceurs réutilisables

Pendant plusieurs années, les États-Unis ont dominé le secteur des lanceurs orbitaux réutilisables, notamment grâce à SpaceX et à son Falcon 9. Blue Origin a également rejoint ce cercle avec New Glenn.

La Chine accélère désormais à son tour. Le succès de Zhuque-3 intervient après d’autres tentatives chinoises visant à récupérer des premiers étages de fusées. En juillet 2026, un étage de Long March-10B avait notamment été récupéré en mer grâce à un système de capture par filet.

La différence est importante : LandSpace a démontré avec Zhuque-3 une récupération propulsive sur terre à l’aide de jambes d’atterrissage. Le procédé se rapproche donc davantage du modèle développé par SpaceX pour ses boosters.

L’objectif : réduire le coût des lancements

Derrière cette prouesse technologique se trouve un enjeu économique considérable. Une fusée réutilisable permet de réemployer une partie très coûteuse du lanceur au lieu de la détruire après chaque mission.

Cette logique peut réduire le coût marginal de chaque lancement et surtout permettre d’augmenter la fréquence des missions. Pour les entreprises chinoises qui travaillent sur les grandes constellations de satellites, cet avantage pourrait devenir déterminant dans les prochaines années.

LandSpace ambitionne précisément de faire de Zhuque-3 un lanceur capable d’assurer des missions régulières, avec plusieurs réutilisations du premier étage au cours de sa vie opérationnelle.

Un nouveau concurrent face à SpaceX

Le succès de Zhuque-3 ne signifie pas encore que LandSpace dispose d’un système équivalent au Falcon 9. SpaceX bénéficie d’une expérience opérationnelle accumulée au fil de centaines de lancements et de récupérations de boosters.

Mais la réussite chinoise démontre que la technologie nécessaire à la récupération d’un lanceur orbital n’est plus l’apanage des entreprises américaines. Le nombre d’acteurs capables d’entrer dans cette compétition est désormais en augmentation.

Pour Pékin, cette évolution est également stratégique. La réutilisation des lanceurs doit permettre de renforcer les capacités de la Chine dans les missions commerciales, l’acheminement de satellites et, à terme, dans les projets spatiaux de grande ampleur.

À retenir

  • LandSpace a réussi l’atterrissage sur terre du premier étage de Zhuque-3.
  • Il s’agit de la première récupération terrestre propulsive d’un lanceur orbital réalisée par une entreprise privée chinoise.
  • Le booster s’est posé dans le Gansu, environ 390 kilomètres après le lancement.
  • Zhuque-3 utilise du méthane liquide et de l’oxygène liquide.
  • Le premier vol de décembre 2025 avait atteint l’orbite mais échoué lors de la récupération du premier étage.
  • Cette réussite renforce la position de la Chine dans la course mondiale aux fusées réutilisables.

Une étape vers des lancements plus fréquents

La véritable mesure du succès de Zhuque-3 ne sera toutefois pas seulement son premier atterrissage. Le prochain défi sera de démontrer que le premier étage peut être inspecté, remis en état puis réutilisé rapidement.

C’est précisément cette capacité à enchaîner les missions qui a permis aux lanceurs réutilisables américains de transformer progressivement le marché spatial.

Pour LandSpace, l’objectif est donc désormais de passer de la démonstration technologique à une véritable exploitation commerciale. Si le premier étage récupéré peut effectivement reprendre du service dans des délais courts, la portée économique de cette réussite sera bien plus importante.

La course aux fusées réutilisables entre dans une nouvelle phase

Avec Zhuque-3, la Chine vient de franchir une nouvelle étape dans la course mondiale aux lanceurs réutilisables. Le succès de LandSpace confirme surtout la montée en puissance du secteur spatial privé chinois, longtemps resté dans l’ombre des programmes américains et des grandes entreprises publiques.

La récupération d’un premier étage n’est qu’une étape, mais elle est décisive. Elle ouvre la voie à des lancements plus fréquents, potentiellement moins coûteux, et à une concurrence accrue sur le marché spatial mondial.

Après SpaceX et Blue Origin, LandSpace entend désormais prouver qu’une entreprise chinoise privée peut elle aussi faire de la réutilisation un élément central de son modèle économique. La bataille pour le prochain grand bond en avant du transport spatial ne fait que commencer.